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14 juillet 2017 / 1917 bienvenue Mr Trump ?


Pourquoi le premier régiment américain à avoir reçu la croix de guerre française n’est pas honoré à l’occasion des 100 ans du débarquement américain pendant la première guerre mondiale ?

Pour avoir été entre autre le premier à franchir le Rhin en 1918 avec les troupes françaises et montré une bravoure remarquée à la suite de la prise de la ville de Sechault ce régiment a été décoré de cette haute distinction ainsi que 171 d’entre eux à titre individuel. Cependant ces soldats n’avait pas les faveurs de l’état major américain. Après son arrivé sur le territoire français, l’état major américain piloté par le général John Pershing a très vite produit une note confidentielle pour son homologue français afin de l’avertir du « manque de conscience civique et professionnelle » de ce régiment d’infanterie, et qui représente une « menace constante pour les Américains » ( !).

Fort heureusement, l’état major français qui manquait de soldats n’a pas tenu compte de cet avertissement et a intégré ce régiment à ses troupes, soulageant les américains du « grave danger » qui sévissait au sein de ses troupes. Mais qui étaient-donc ces soldats dont l’armée américaine ne voulait pas ?

Les allemands leurs ont vite donné un surnom, celui des Harlem Hellfighters (combattants de l’enfer) qui leur colle à la peau encore aujourd’hui. C’est aussi leur peau qui leur valait autant de méfiance de l’état major américain ; en effet le 369e régiment d’infanterie de l’armée américaine était constitué exclusivement d’afro-américains et portoricains volontaires.

près de 1500 soldats de ce régiment périrent au combat, ils furent les soldats les plus présents de toute l’armée américaine pendant la boucherie de 1918, pendant 191 jours ils ont fait preuve d’une bravoure qu’il n’est pas possible d’ignorer encore aujourd’hui, alors que le président des états-unis vient participer aux commémoration du centenaire du débarquement américain.

Mais en dehors de leurs faits de guerre, cette troupe avait en son sein un jazz-band de 60 musiciens dirigé par James Reese Europe et qui joua dès le jour de son débarquement au port de Brest (le 27 décembre 1917) une marseillaise sur un rythme de ragtime et d’autres morceaux de cette nouvelle musique joyeuse et entrainante que les français découvrirent avec étonnement après quatre années de dépression générale. L’orchestre reçu à ce titre un franc succès auprès des compatriotes et défila dans plusieurs villes françaises, sauf il va sans dire, pour le défilé parisien sous la pression des autorités américaines.

Les survivants qui sont rentés au pays de la ségrégation raciale avaient connu un autre pays où les noirs n’avaient pas à subir toutes les humiliations quotidiennes du peuple afro-américain, un pays sans toilettes pour blancs interdites aux noirs, sans places réservées au fond d’un bus et où les noirs et les blancs pouvaient fraterniser et se respecter mutuellement.

Comprenant qu’il faisaient une musique révolutionnaire prise très au sérieux par les populations européennes, James Reese Europe et ses musiciens rentrèrent dans leurs foyers avec le sentiment de participer au seul apport culturel majeur des états-unis du XXe siècle et apportèrent aussi les premiers germes de la lutte pour les droits civiques qui aboutira après de nombreux difficultés aux évènements historiques de 1964.

Cette année 2017 est aussi celle où l’ont célèbre le prétendu premier enregistrement de jazz sur un disque vinyle en 78 tours par un groupe de la Nouvelle Orléans constitué exclusivement de musiciens blancs, et encore une fois l’histoire est bafouée ; car en effet c’est le même James Reese Europe qui enregistra les premiers morceaux de jazz sur un disque vinyle en 1914. Ce disque qui eu un véritable succès en son temps n’est pourtant pas passé inaperçu, James Reese Europe dont le contrat lui accordait seulement un cent par disque vendu reçu plus de 100 000 dollars pour la seule année 1915.

C’est pourquoi le syndicat des musicien-ne-s de Paris et d’ile-de-France tient à honorer respectueusement le 369e régiment d’infanterie de l’armée américaine et lui restituer la reconnaissance qu’il lui est due et que néglige encore notre pays à la mémoire courte ou pour d’obscures raisons diplomatiques nauséabondes qui n’avaient pas cours en 1917.

Video INA (02:07) : l’épopée de James Resse Europe et son orchestre





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